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Cherté de la vie et chômage

La Tunisie secouée par les contestations

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le 13.01.18 | 12h00 Réagissez

La Tunisie est régulièrement secouée par la contestation sociale depuis la chute de Zine El Abidine Ben Ali. La loi de finances 2018 qui prévoit des mesures d’austérité a mis le feu aux poudres.

Près de 780 personnes ont été arrêtées en Tunisie depuis le déclenchement, lundi, des troubles sociaux alimentés par des mesures d’austérité, a indiqué hier le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Khlifa Chibani, sur la radio privée Mosaïque FM, relayée par l’AFP.

Un peu plus tard dans la journée, quelques centaines de personnes ont manifesté à Tunis et à Sfax (centre) pour protester contre la loi de finances 2018 qui impose des mesures d’austérité, et réclamer sa révision en adressant un «carton jaune» au gouvernement. A l’appel du mouvement Fech Nestannew (Qu’est-ce qu’on attend ?), qui a lancé en début d’année la contestation contre la hausse des prix, plus de 200 manifestants se sont rassemblés dans le centre de Tunis avant de défiler jusqu’à la préfecture.

Les protestataires ont levé des cartons jaunes en criant : «Le peuple veut la chute de la loi de finances» de 2018, «Le peuple en a marre des nouveaux Trabelsi», la belle-famille du président déchu, Zine El Abidine Ben Ali, symbole de la corruption de l’ancien régime. Membre de Fech Nestannew, Henda Chennaoui estime qu’«un dialogue et des réformes sont encore possibles.

Le carton jaune, c’est pour dire, attention, il est temps aujourd’hui de s’attaquer aux vrais problèmes : la crise économique, la cherté de la vie, etc. Ces mêmes revendications que nous traînons depuis des années». Pour Kousay Ben Fraj, un autre responsable de ce mouvement, cette nouvelle mobilisation vise à «montrer notre détermination à poursuivre notre mouvement de protestation afin de suspendre l’application de cette loi de finances jusqu’à la révision».

Dans un communiqué publié un peu plus tôt le même jour, l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International (AI) a demandé aux forces de sécurité de «ne pas employer une force excessive» et de «cesser de recourir à des manœuvres d’intimidation contre les manifestants pacifiques». Pour cette organisation, «les autorités tunisiennes doivent garantir la sécurité des manifestants non violents et veiller à ce que les forces de sécurité ne recourent à la force que lorsque cela est absolument nécessaire et proportionné» dans le but de protéger les droits d’autrui.

Plusieurs militants de gauche ont été arrêtés ces derniers jours, et le gouvernement accuse les manifestants d’être manipulés par l’opposition. Quelques dizaines de membres du Front Populaire, un parti de gauche, manifestaient hier devant le tribunal de Gafsa (sud), après l’arrestation, la veille, de deux responsables locaux du parti et d’un responsable syndical accusés d’incitation aux troubles.

A Siliana, une ville du Nord-Ouest, des dizaines de jeunes ont lancé des pierres durant environ trois heures dans la nuit de jeudi à hier sur des agents des forces de sécurité qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogènes. La situation est en revanche restée calme à Kasserine, Thala et à Sidi Bouzid, dans le centre défavorisé du pays, ainsi qu’à Tebourba, ville à 30 km à l’ouest de la capitale, marquée par de nombreuses manifestations et heurts ces derniers jours.

Les troubles sociaux ont éclaté lundi, à l’approche du septième anniversaire de la chute du dictateur Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier 2011, chassé du pouvoir par des révoltes réclamant notamment «travail», «dignité» et la fin de la corruption. Le pays s’apprête à tenir les premières élections municipales de l’après-révolution, plusieurs fois reportées et prévues en mai.

Après plusieurs années de marasme économique et d’embauches massives dans la fonction publique, la Tunisie, confrontée à d’importantes difficultés financières, a obtenu en 2016 un nouveau prêt du Fonds monétaire international (FMI) de 2,4 milliards d’euros sur quatre ans. Ce montant est débloqué en plusieurs tranches en échange d’un programme visant à réduire les déficits.

Attentats et assassinats d’opposants

Le 14 janvier 2011, Ben Ali fuit vers l’Arabie Saoudite, après 23 ans au pouvoir, à l’issue d’une révolte populaire déclenchée par l’immolation par le feu en décembre 2010 d’un jeune vendeur ambulant de Sidi Bouzid (centre-ouest), excédé par la pauvreté et les humiliations policières.

Le 23 octobre 2011, le mouvement islamiste Ennahdha, légalisé en mars, remporte 89 des 217 sièges de l’Assemblée constituante lors des premières élections libres de l’histoire du pays. En décembre, Moncef Marzouki, militant de gauche, est élu chef de l’Etat par la Constituante. Hamadi Jebali, d’Ennahdha, est chargé de former le gouvernement.

En juin puis en août 2012, des manifestations violentes et des attaques de groupuscules islamistes radicaux se multiplient dans le pays. En septembre, des centaines de manifestants dénonçant un film islamophobe sur internet, dont de nombreux djihadistes présumés, attaquent l’ambassade américaine.

Du 27 novembre au 1er décembre 2012, des émeutes éclatent à Siliana, au sud-ouest de Tunis, faisant 300 blessés. Depuis l’été, des grèves et des manifestations ont touché aussi bien l’industrie, les services publics que les transports ou le commerce, principalement à l’intérieur du pays. Le 6 février 2013, l’opposant Chokri Belaïd est tué à Tunis. Le 25 juillet, le député Mohamed Brahmi est assassiné près de la capitale.

Les deux meurtres, qui provoquent de profondes crises, seront revendiqués par des djihadistes ralliés au groupe Etat islamique (EI). Le 26 janvier 2014, une Constitution est adoptée, avec plus d’un an de retard. Un gouvernement de technocrates est formé et les islamistes se retirent du pouvoir. Le 26 octobre, le parti anti-islamiste Nidaa Tounes de Béji Caïd Essebsi, qui regroupe des figures de gauche, du centre-droit et des proches du régime de Ben Ali, gagne les législatives. Deux mois plus tard, Caïd Essebsi remporte la présidentielle.

En 2015, l’EI, implanté en Libye voisine, commet trois attentats : le 18 mars est ciblé le musée du Bardo à Tunis, causant la mort de 21 touristes étrangers et d’un policier tunisien, le 26 juin, contre un hôtel près de Sousse (38 morts, dont 30 Britanniques). Le 24 novembre la Garde présidentielle est attaquée provoquant la mort de 12 personnes. En mars 2016, des dizaines de djihadistes attaquent des installations sécuritaires à Ben Guerdane au Sud.

A la recherche de la paix sociale

En janvier 2016, une vague de contestations débute à Kasserine (centre), après le décès d’un jeune chômeur, électrocuté, alors qu’il protestait contre son retrait d’une liste d’embauche. La colère se propage dans de nombreuses régions, et les autorités décrètent un couvre-feu.

En mai 2017, un sit-in du site pétrolier Al Kamour (sud) dégénère en affrontements avec les forces de l’ordre. Un manifestant est tué par un véhicule de la gendarmerie, «accidentellement» selon Tunis. Début décembre, des violences ont lieu à Sejnane (nord) après le décès d’une femme qui a tenté de s’immoler par le feu pour protester contre la suppression d’une aide sociale.

Le 14 décembre, le Fonds monétaire international estime que Tunis, qui a obtenu en 2016 une nouvelle ligne de crédits en échange d’un programme visant à réduire les déficits, a adopté un budget «ambitieux» pour 2018. Le 1er janvier 2018, ce budget entre en vigueur, prévoyant des hausses d’impôts.

D’où les manifestations du mois en cours. Ainsi, sept ans après la chute de Ben Ali, la Tunisie est loin d’asseoir la paix sociale pour préserver les acquis démocratiques des révoltes de 2011 et créer un environnement propice à la relance économique. Ce qui n’est pas concrétisé. Pour avoir la paix sociale il faut développer l’économie, et pour développer l’économie, il faut instaurer la paix sociale. Un cercle vicieux qui expose le pays à ces contestations sociales.
 

Amnay idir
 
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