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La culture de la tchatche

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le 22.07.17 | 12h00 Réagissez


Cette semaine, dans la canicule dégoulinante d’humidité d’Alger, j’ai pu passer une soirée impromptue – souvent les meilleures, allez savoir pourquoi – avec trois amis qui se trouvent être originaires de Miliana.

Lorsqu’il m’arrive de les voir, c’est toujours avec plaisir que j’entends l’évocation de leurs souvenirs communs et, alors que je n’ai pas vécu ces derniers et que nous avons eu des trajectoires différentes, je me rends compte à chaque fois combien nous avons de choses en partage. Au-delà de nos lieux de naissance, métiers et expériences, nous avons conscience d’appartenir à une génération dont les désillusions n’ont d’égal que l’amour du pays.
Mais je ne vais pas vous bassiner avec ça, d’autant que cela prend l’allure d’un discours, déjà insupportable par temps frais. En rentrant chez moi ce soir-là, je me suis rendu compte combien la conversation était importante pour nous et que, finalement, nous avions été élevés à son biberon.

Conversation en famille, au quartier, au lycée, etc. en des temps où il n’y avait qu’une chaîne TV en noir et blanc, de 18 h à minuit, rarement le téléphone fixe et, bien sûr, pas de vidéo, portable, Internet et autres bienfaits modernes qui enferment les gens sur eux-mêmes. Avec la lecture, la conversation était un loisir majeur d’une richesse inouïe. La conversation est la quintessence de la plus belle des activités humaines : la rencontre. Et c’est même un art, puisque l’on parle de «l’art de la conversation» depuis plusieurs siècles. D’ailleurs, au fond, le but de toute œuvre d’art, n’est-il pas de susciter la conversation ? Elle peut se présenter comme un échange décontracté mais intéressant, à la fois amusant et instructif, léger et profond, sans autre prétention que de partager des informations, observations, idées, émotions, blagues, réactions, etc.

Ceci, dans un enrichissement humain que ne peuvent offrir les réseaux dits "sociaux", producteurs industriels de solitude et promoteurs de la pensée binaire (J’aime/J’aime pas), sans subtilité ni nuance. C’est pourquoi je vous recommande l’ouvrage du joyeux philosophe et sociologue britannique, Théodore Zeldin, membre de l'Académie britannique et de l'Académie européenne, De la conversation ; com ment parler peut changer votre vie (1999). Ce fin oxfordien affirme, entre autres : «La vie est une perpétuelle conversation et on ne sait pas converser. Personne ne vous l’enseigne». Le philosophe franco-marocain Ali Benmakhlouf s’est aussi intéressé à cette question et a écrit deux ouvrages sur la question dont l’un qui défend La conservation comme manière de vivre (2016). Sur Radio Canada, il qualifiait la conversation de «plus puissant des liens humains». Il la distinguait du bavardage et de la discussion et signalait que «vouloir avoir raison tue la conversation». En attendant qu’elle devienne un jour une matière à l’école, ne vous privez-pas en ces temps de vacances de converser sans limite de dose. Simple, stimulant et, de plus, gratuit.
 

Ameziane Ferhani
 
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